Lundi 29 septembre 2008
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Impossible de passer à côté de la surprenante Palme d'Or qui aurait ému aux larmes et séduit à l'unanimité le prestigieux jury du Festival de Cannes cette année. Le docu-fiction de Laurent Cantet, sa quatrième réalisation pour le
cinéma, a retourné la planète Cannes, qui ne s'attendait pas à voir le film français, dernier film en compétition à avoir été projeté et finalement peu attendu, gravir les marches sous les feux
de la rampe. En effet, Entre les murs ne faisait même pas partie de la sélection officielle du festival, et ce quelques jours avant le début des festivités. Il a tout de même succédé à
Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, dernier petit frenchie à avoir reçu la récompense suprême, en 1987.
Posons le décor : lycée Dolto, 20ème arrondissement de Paris. François Bégaudeau est professeur de
français et professeur principal des 4ème 3. Un lycée réputé « difficile », une classe où les élèves, on va vite s'en rendre compte, n'ont pas leur langue dans leur poche.
Inspiré du livre de Bégaudeau lui-même, dont le film reprend même le titre, Cantet va donc filmer pendant toute une année scolaire le quotidien des collégiens et de leur professeur. Les thèmes
des cours, les réflexions des adolescents, les difficultés que l'enseignant rencontre pour se faire respecter et garder le calme dans sa salle de classe.
Pas de doute, on se retrouve sur les bancs du collège. Les mêmes sujets de cours, les mêmes interrogations. Les
réactions de certains jeunes paraissent souvent excessives, démesurées, mais elles permettent de se plonger dans le quotidien du prof de français, parfois un peu longuet, il faut le reconnaître.
On se sent confronté à une sorte de huis clos, puisque la caméra ne sort pas de l'enceinte du collège, ce qui a permis à Laurent Cantet d'asseoir encore plus son projet.
« J'avais eu l'idée d'un film sur la vie d'un collège. Très vite, le projet s'est imposé de ne jamais sortir de l'enceinte de l'établissement. Je voulais la (l'école) montrer
comme une caisse de résonance, un lieu traversé par les turbulences du monde, un microcosme où se jouent très concrètement les questions d'égalité ou d'inégalité des chances, de travail et de
pouvoir, d'intégration culturelle et sociale, d'exclusion. Le film expose par exemple les barrières linguistiques rencontrées par un ado en difficulté dont les parents ne parlent pas
français, ou d'un autre qui apprend tout juste le français et dont la mère vient d'être placée en centre de rétention. Des situations difficiles qui font aujourd'hui l'actualité et que Laurent
Cantet expose mais sans les juger, ni donner forcément de solutions, mais toujours dans la perspective du professeur.
Devoirs sur table, lectures en cours, conseils de classe, récréations, salle des profs,
conseils de discipline, rien ne manque, sauf peut-être un peu de rythme, lorsque les cours se suivent et se ressemblent. Une façon sans doute de transmettre la lassitude que nous avons tous
connue en tant qu'élèves. On n'y apprend pas énormément de choses, mais on y trouve tous les problèmes auxquels peuvent être les professeurs : la culpabilité d'emmener un élève perturbateur
dans le bureau du proviseur, l'état d'exaspération extrême qu'il faut savoir contrôler face à une vingtaine d'élèves parfois irrespectueux.
François
Bégaudeau
A raison d'ateliers avec des élèves de 4ème et 3ème de novembre 2006 à juin 2007 tous les mercredis après-midi, les salles de classes ont été un peu modifiées pour pouvoir
accueillir trois caméras : une en permanence sur le professeur, une autre sur l'élève principal de la scène pour accentuer la confrontation verbale qui s'installe avec l'enseignant, et bien
sur une troisième pour capter les réactions de la salle de classe. Les professeurs du collège et les parents d'élèves jouent tous leurs propres rôles.
Le réalisateur a choisi de filmer en numérique, ce qui lui a permis de tourner plus librement, caméra au poing, donnant souvent encore plus de réalisme à certaines scènes. Mais il a fallu adapter
le format numérique aux salles de cinéma, qui diffuse habituellement en format 16/9, et les plans sont parfois trop serrés jusqu'à couper le front des acteurs. Mais les nombreux gros plans et
focus permettent de mettre en valeur l'émotion et les réactions, ce qui au final est plus important.
Quelques phrases drôles, moments d'émotions, doutes et certitudes, pour décrire au final un métier pas si
facile, mais dont on comprend qu'il s'inspire d'une véritable vocation.
Bande-annonce