Jeudi 9 juillet 2009


     Michel Mann aime les personnages complexes, ceux dont il peut explorer à loisir les limites et la personnalité. Face à celle de John Dillinger, on reste difficilement de glace. L’homme a été surnommé "l’ennemi public numéro 1" par le chef du FBI, John Edgar Hoover, dans les années 1930. Son créneau ? Le braquage de banque. Mais plus qu’un hobbie ou une vocation, cela semble aussi être une manière de vivre, un moyen d’exprimer sa personnalité. Il aime les belles femmes, les voitures rapides, les armes à la pointe de la technologie. Il ne laisse rien au hasard, met tout au service de ce qu'il entreprend. Il demandait même à être placé, lors de ses différents séjours, dans les prisons les plus connues du pays, pour pouvoir côtoyer le « gratin » dans son domaine et s’entourer des meilleurs.

 

     Un personnage que Johnny Depp a manifestement incarné avec plaisir. Moins grimé que dans nombre de ses précédents films, celui-là ne reste pas moins en costumes d’époque mais Depp ne peut presque pas se reposer sur le look de Dillinger, à part peut-être les lunettes (de vue ou de soleil) qu’il collectionne. On le sent plutôt à l’aise sous les traits d’un gangster à la fois dangereux et respectueux. Il use à juste dose de ce sourire en coin qu’on finit par trouver de plus en plus expressif, presque perturbant, au fur et à mesure que le film avance. Même si après une petite heure, on se demande vraiment s’il avance.

 

     Heureusement, cela ne durera pas. La deuxième partie du film montre un bandit de plus en plus remis en question. Deux raisons à cela. La première, évidente : on a mis sur sa trace l’agent le plus déterminé du FBI, Melvin Purvis. Soit dit en passant, Christian Bale est toujours aussi insipide, même en faisant des effets de manteau et avec un fusil à pompe au bout du bras. Pas d’expression, pas de jeu exceptionnel. On s’ennuie quand il est là, autant que dans Batman. La deuxième chose qui va bouleverser l’existence de Dillinger est bien sûr sa rencontre avec Billie Frechette, campée par Marion Cotillard. Convaincante, assurément. On regretterait presque de ne pas la voir davantage à l’écran tant le couple qu’elle forme avec Depp est fort. Pas vraiment Bonny and Clyde puisqu’elle le suit plus qu’autre chose. Un peu plus Sailor et Lula, dans le côté instantanément inconditionnel qu’ils donnent à leur histoire d’amour. 

                                                         

     Mais attention, pas de scènes à l’eau de rose ! Les dialogues sont directs, plutôt tranchés. Ils vont droit au but, comme la manière de filmer de Michael Mann. 2h30 où le réalisateur s’amuse avec sa caméra numérique à capturer un maximum de gros plans de ses acteurs. Parfois à un tel point qu’on voit le maquillage et les pores de leur peau. Mais on s’en accommode vite puisqu’ils alternent avec des scènes d’action plutôt musclées. Beaucoup de mouvement (et de balles !!!). Le passage de nuit dans la forêt est par ailleurs particulièrement réussi car Mann arrive à alterner images presque tremblantes et plans fixes, ne figeant l’action que si nécessaire pour mieux accentuer le suspense. Il fait de même côté son, passant de scènes très bruyantes à certains plans pratiquement muets et au ralenti. Point trop n’en faut, il en use intelligemment.

Par Elodie - Publié dans : Critiques - Communauté : Cinéma, Cinémaaa
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