Hollywoodland
Une image du cinéma américain qui pourrait paraître bien loin de ce qu'il est devenu, mais qui au final n'est pas sans rappeler une Jennifer Aniston, capable de dépenser des milliers de dollars hebdomadaires pour rester "parfaite", ou un jeune Brad Pitt cherchant à se faire connaître en accumulant petits boulots et publicités avant de pouvoir afficher sa belle gueule sur grand écran.
Pour son premier long métrage, Allen Coulter, à qui l'on doit certains épisodes des Sopranos ou de Sex and the city, s'attaque à l'industrie cinématographique américaine des années 50. Georges Reeves (Ben Affleck), célèbre interprète des Aventures de Superman pour la télévision, a été retrouvé mort d'une balle dans la tête chez lui, le 16 juin 1959. A cette mort, trois scénarios possibles : suicide, meutre passionnel, contrat de la mafia. Connue pour être l'un des grands mystères d'Hollywwod, cette affaire ne sera jamais résolue, malgré l'acharnement d'un détective privé, Louis Simo (Adrian Brody) et des médias. La mort de Reeves a été un véritable choc pour les télespectateurs américains qui avaient trouvé en lui l'étoffe d'un héros. Seulement ce n'est pas de ça dont il rêvait. Celui qui avait pourtant décroché son premier rôle dans le célébrissime Autant en emporte le vent de Victor Fleming en 1950 rêvait de grand écran, même si le costume bleu à cape rouge lui collera à la peau pour toujours. Ben Affleck, récompensé du prix d'interprétation à la Mostra de Venise en 2006 pour ce rôle, explique : "Ce qui m'a plu dans cette histoire, c'est le contraste entre la frustration et la tristesse du personnage et la vision qu'en avait le public qui le jugeait chanceux". Paul Bernbaum, scénariste du film, décrit lui-même la vie de Reeves comme "incroyable, fascinante et pathétique à la fois. Je voulais témoigner de la gêne qu'il éprouvait à être Superman et de l'exceptionnel impact que ce rôle a eu sur ses fans. Voilà un acteur qui veut devenir une star et qui devient encore plus célèbre que ce qu'il aurait pu imaginer, mais seulement aux yeux des enfants. Malgré sa frustration de n'être que Superman, malgré le frein que ce rôle représentait pour sa carrière, il a toujours reconnu la place qu'il occupait dans le coeur de millions de gamins. Il ne les a jamais abandonnés. Pour eux, c'était lui, Superman ! Et pour moi, cela fait de Reeves un authentique héros ".
L'intérêt du film réside autant dans son portrait de ceux qui ont fait Hollywood à la moitié du siècle, que
dans sa façon de nous montrer l'envers du décor. Sous les trait du détective campé par un Adrian Brody totalement convaincant, le spectateur observe des acteurs en mal de popularité ou prêts à tout pour obtenir ne serait-ce qu'un strapontin dans le grande salle hollywoodland, dernière marche à gravir pour enfin être en haut de l'affiche. Face à eux, les magnas du cinéma, dont le directeur de la MGM de l'époque, Eddie Mannix (Bob Hoskins), presque mafieux et inataquable, comme régnant sur le monde de la péllicule.
Et on s'y croirait ! Loin du film tout beau tout rose, Allen Coulter nous plonge dans un univers plus sombre, où tous les détails ont leur importance. Les vêtements, les musiques, et même les bouteilles de Coca-Cola comme on les voyait dans les publicités de l'époque. Quelques références historiques pour pimenter le tout, notamment lorsque Diane Lane, incarnant la maîtresse de Georges Reeves, Toni Mannix, menace Ben Affleck d'un "je dirai que tu est communiste, homosexuel et alcoolique". Un petit clin d'oeil au maccartysme qui bouscula la vie californienne, black-listant de nombreux personnalités soupçonnées d'être pro-soviétiques en ces temps de Guerre Froide. Adrian Brody, dont l'enquête alterne entre reconstitution de la vie de Reeves et problèmes personnels, allie avec facilité nonchalance, classe et arrogance.
Interprétations unanimement brillantes pour deux heures, parfois trop longues, il faut le reconnaître, de questionnements. Jusqu'où peut-on aller pour obtenir ce dont on rêve? Le succès, mais à quel prix?
Bande-annonce