The Dark Knight, Le Chevalier Noir
On avait laissé l'homme chauve-souris dans un Gotham sur le point d'être envahi par la folie du Joker. Pas de déception, le Joker est là, et quel Joker ! Le talent d'Heath Leger (Borkeback mountain, Chevalier) crève littéralement l'écran. Fou, hystérique, cruel, dément, l'acteur australien, pour son dernier rôle, incarne à merveille celui qui va forcer Batman à se dévoiler, à se mettre en danger et à faire des choix. Loin de l'interprétation de Jack Nicholson pourtant excellente dans l'adaptation de Tim Burton en 1989, il est déstabilisant, parfois dérangeant, son seul but étant de répendre le chaos et non l'argent, comme la plupart des "méchants". Ses mimiques et ses expressions nous captent dès le début, il en vient même à manquer dans les scènes où il n'apparaît pas. Un bon pas vers un oscar posthume qui pourrait récompenser son jeu en février 2009.
Pour incarner « le » Batman, Christian Bale (3h10 pour Yuma, Le nouveau monde) a repris son costume et sa voix grave, pour un opus nettement moins lent et larmoyant que Batman Begins, de Christopher Nolan (Le Prestige). Le réalisateur a cette fois privilégié un univers encore plus sombre, insistant que le côté obscur des personnages du premier film. Les doutes du héros sont davantage supportables qu'à ses débuts, où le côté spirituel devenait plus qu'agaçant. Ici, Batman doit faire des choix, souffre, mais assume, sans avoir à méditer ou à s'exiler pendant des années, même si c'est ce comportement qui est sensé avoir forgé sa personnalité.
A ses côtés l'inspecteur Jim Gordon, incarné par l'excellent Gary Oldman, le fidèle Alfred, sous les traits de Michael Caine, sans oublier Rachel Dawes, grand amour de Bruce Wayne, rôle repris par Maggie Gyllenhaal (Le sourire de Mona Lisa, World Trade Center) après l'absence de Katie Holmes des écrans. Enorme casting complété par Morgan Freeman, sorte d'Inspecteur Gadget quand Batman devient un peu James Bond à ses heures, bijoux de technologie en main, essais à l'appui. Enfin, Aaron Echkart, que l'on a récemment vu dans Thank you for smoking, endosse ici une personnalité complexe et plus surprenante qu'on pourrait le penser.

Un film fort en rebondissements, puisque ça n'arrête jamais, mais parfois un peu longuet à force de retournements de situation. Cependant, le réalisateur parvient à nous surprendre, bien plus que dans le précédent. Son adaptation se détache clairement de celles de Tim Burton ou Joel Schumacher dans les années 1980-90. Ces derniers laissaient souvent la vedette à un seul méchant par long-métrage. Ici l'on assiste à la naissance des méchants, et non à leur arrivée spontanée dans Gotham City, ce qui permet de mieux cerner les personnages, mais déçoit quelque peu puisque de nombreuses suites pourtant très attendues semblent moins envisageables.
Bref, tous les ingrédients sont là pour plonger le spectateur dans un suspense efficace, le poussant à se projeter dans cet univers entre pègre et figures inoubliables. Et même si Batman se la joue un peu trop Robin sur une moto aux roues de semi-remorques pas toujours crédible, le justicier masqué convainc encore. Vivement le prochain.