Quantum of Solace
Dans la famille Bond, je choisis Craig. Daniel Craig. 6ème Bond de l'Histoire, qui endosse une deuxième fois le costume de 007 pour le 22ème épisode des aventures de l'espion so British. On avait douté de lui au moment d'endosser le rôle mythique pour Casino Royale, sa prestation s'était révélée tout à fait digne de ses prédecesseurs : Sean Connery, Roger Moore, George Lazenby, Timothy Dalton et Pierce Brosnan. Mais il avait indéniablement chamboulé les fondementaux et continue sur cette fois dans Quantum of Solace. Un titre qui en a surpris plus d'un. Plus complexe et surtout plus mystérieux dans ses interprétations. Michael G. Wilson, producteur, explique : "Le titre du film vient d'une nouvelle de Ian Fleming et signifie dans le contexte de cette histoire qu'une relation ne peut être sauvée que si la confiance est restaurée entre les deux parties. "Quantum" signifie quantité et "Solace" consolation, réconfort. Le titre exprime donc l'idée qu'il faut partager ses souffrances pour trouver une issue heureuse et se réconcilier avec les gens. Le générique est à la hauteur. On y voit un agent entre désert et corps de femmes, comme pour nous rapeller que Bond est perdu dans ses propres sentiments, mais aussi pour faire référence au pays phare de l'action. Côté chanson, ce sont finalement Jack White, le leader du groupe de rock The White Stripes, et la chanteuse de R'n'B Alicia Keys, qui ont été choisis par la production pour chanter en duo Another way to die. C'est la première fois qu'une chanson de la saga James Bond est interprétée en duo.
Aux commandes du renouveau, Marc Forster, pas vraiment habitué du genre. On lui doit notamment Neverland (Johnny Depp, Kate Winslet), Les cerfs-volants de Kaboul ou A l'ombre de la haine. Un vrai défi pour le réalisateur. "J'avais très envie de faire ce film, mais c'était une décision difficile à prendre parce que c'était un projet très différent de ceux que j'avais faits avant. Quand vous faites un James Bond, vous devez respecter les codes de la franchise : il doit y avoir des James Bond Girls, de belles voitures, des paysages sublimes et une histoire palpitante. Vous êtes attendu par des millions de fans. Je trouvais cela intimidant, mais cela représentait aussi une fantastique opportunité".
Pas de panique, ils nous a laissé les obligatoires courses de voitures, les jolies, filles, les explosions, les
méchants, les trahisons, l'humour... Mais trop peu d'humour! Avec Craig, Bond perd un peu de le flegme britannique qui était sa marque de fabrique sous les traits de ses autres interprètes. Ici, l'espion devient davantage un Jack Bauer ou un Jason Bourne. Une évolution au final plutôt réussie puisqu'elle s'inscrit dans une évolution suivie des cascades de plus en plus spectaculaires et des méchants sans doute plus crédibles, moins caricaturaux.
L'une des choses frappantes de ce nouvel opus est incarnée par notre frenchie Mathieu Amalric. Dans la peau de Dominic Greene, il ne ressemble pas au Chriffre de Casino Royale ou à Renard, auquel a dû se confronter Pierce Brosnan dans Le monde ne suffit pas. Pour Amalric, ce rôle constituait un réel défi : "Quand j'ai commencé à réfléchir au personnage, j'ai demandé au réalisateur si je pouvais me raser la tête, avoir une cicatrice, un oeil qui saigne ou quelque chose dans ce genre qui puisse m'aider. Marc Forster m'a répondu : "Non, ton regard suffira". Et on confirme, pas de particularité physique déroutante, mais un regard dérangeant. Pantalon blanc impécable, petits mocassins, chemise à fleurs immonde, le méchant croque ici des pommes et parle calmement, sans jamais hausser le ton. Daniel Craig n'a d'ailleurs pas tari d'éloges sur son partenaire français : "Mathieu est un acteur extraordinaire. Son personnage n'est pas un savant fou ou un type à l'ego démesuré qui rêve de devenir le maître du monde. C'est juste un homme très offensif et très intelligent qui utilise ses talents pour manipuler les gens et s'enrichir le plus possible". Mathieu Amalric n'était pas le premier français à donner la réplique à 007. Avant lui, on aura vu Simon Abkarian dans Casino Royale, Sophie Marceau dans Le Monde ne suffit pas, Louis Jourdan dans Octopussy ou encore Michael Lonsdale et Georges Beller dans Mookraker.
Deuxième élément central : la James Bond girl! On a tous des images de femmes fatales, toutes aussi sublimes les unes que les autres, parfois cruches aussi, cela va sans dire... Ici, elle n'est pas cruche, elle est jolie, mais qu'est-ce qu'on s'ennuie!!!! Rien à voir, ou presque avec l'affaire de notre héros, une peau presque orange pour donner un teint "latino" à l'actrice russe Olga Kurylenko. Et même si cela peut relever du défi de prendre la suite d'Halle Berry et Eva Green, son interprétation ne fait pas d'elle une James Bond girl inoubliable...
Enfin, last but not least, n'oublions pas le plus important, notre blondinet! Dans ce nouvelle opus, Bond n'est pas vraiment "fun". Alors oui, il a perdu Vesper, la seule femme qu'il ait jamais aimée, oui elle l'a trahi, oui il souffre... mais il pourrait au moins sourire de temps en temps non? Il tue de sang froid, sans le moindre regret, ne prennant même pas le temps de réfléchir aux conséquences de ses actes. Heureusement, Daniel Craig a bien suivi ses cours de baston et nous offre quelques scènes plutôt physiques et mémorables, presque trop rares dans un film qui commence très intensément pour échouer dans une séquence finale un peu décevante. Yeux bleus et costume toujours impécable, même quand sa partenaire féminine finit en robe déchirée après une course en avion (si si!!!!), Craig incarne un nouveau James Bond mais semble s'y attacher, et nous aussi!
Pour l'anecdote et ceux qui ne se demandaient pourquoi Quantum of Solace est sorti sur les écrans un vendredi et non un mercredi comme à l'accoutumée, la réponse est simple et a fait sourire. La reine d'Angleterre voulait voir le film avant tous ses concitoyens. Bond est décidément toujours bien "au service de sa majesté"!
Bande-annonce